La Russie reste, la Syrie fixe les conditions
- Laura Tatiana Pérez Molina

- 15 août
- 4 min de lecture

Le gouvernement de Bachar al-Assad s’est effondré en décembre 2024 et, presque immédiatement, la question sur la continuité de la présence militaire russe en Syrie est devenue un test de l’influence de Moscou.
Pendant plus d’un an, il était difficile de savoir si les nouvelles autorités syriennes allaient expulser la Russie, accepter une présence réduite ou renégocier complètement les conditions autour de deux sites : la base navale de Tartous et la base aérienne de Hmeimim, toutes deux sous contrôle russe.
La réponse est arrivée le 9 août 2026 : la Russie restera présente sur les deux sites, mais selon de nouvelles conditions. L’accord rend à la Syrie la gestion des infrastructures civiles et transforme les parties militaires des deux installations en centres conjoints d’entraînement.
Au final, la Russie a-t-elle été expulsée ? Non. Mais il serait tout aussi incorrect de présenter cet accord comme un simple renouvellement.
Pourquoi Tartous et Hmeimim sont importants pour la Russie
Commençons par l’importance de ces deux sites.
Tartous permet aux navires russes de se réapprovisionner et d’effectuer des opérations de maintenance, sans devoir retourner dans leurs ports d’origine. Cela facilite la présence maritime russe vers la Libye, la mer Rouge et les différents théâtres africains où interviennent du personnel et des contractuels militaires russes.
Le Royal United Services Institute a décrit Tartous comme un centre logistique essentiel pour les activités russes au Soudan et en Afrique de l’Ouest, notamment parce que les autres installations possibles en Méditerranée restent politiquement incertaines ou disposent de capacités opérationnelles limitées.
La base aérienne de Hmeimim, développée pour soutenir l’intervention russe dans la guerre civile syrienne en 2015, offrait à Moscou un pont aérien vers le Moyen-Orient.
Depuis cette base, la Russie pouvait déployer des avions de combat, transporter du personnel et du matériel, protéger sa présence sur la côte et maintenir des opérations au-delà de la Syrie.
Ensemble, Hmeimim et Tartous ont permis à Moscou, grâce à son alliance avec Assad, de disposer d’une présence militaire régionale solide et stable.
L’importance de ces deux sites a augmenté d´avantage quand on prend en compte l’application de la convention de Montreux par la Turquie pendant la guerre la quelle a limité le passage des navires militaires par les détroits turcs, tandis que les attaques ukrainiennes ont affaibli la flotte navale russe de la mer Noire.
La perte de ces deux installations aurait représenté un revers stratégique majeur pour la Russie dans la région.
Ce n’est pas une victoire
Le mémorandum représente un résultat très favorable compte tenu des circonstances créées par la chute d’Assad, mais il ne faut pas le confondre avec une victoire pour Moscou.
La Russie a failli l’humiliation politique d’une expulsion totale d’un pays dans lequel elle avait consacré d’énormes ressources.
L’accord pourrait permettre à Moscou de conserver des liens locaux et un certain accès logistique, et oui, le Kremlin le présente à l’opinion publique russe comme un approfondissement de la coopération entre la Russie et la Syrie.
Mais la nature de la présence russe a changé. Avant, les bases servaient de plateformes depuis lesquelles la Russie pouvait projeter sa puissance de manière autonome et à grande échelle. Selon le nouveau modèle, il s’agira d’installations conjointes situées dans un pays dont le gouvernement insiste publiquement sur la souveraineté et le contrôle civil.
La Russie conservera une certaine influence, mais elle aura moins de liberté pour l’exercer sans l’accord de la Syrie. C’est là toute la différence : elle ne pourra plus disposer automatiquement des mêmes capacités que celles offertes par une base aérienne et un centre naval sous son contrôle exclusif.
La possibilité pour la Russie de continuer à utiliser ces installations afin de soutenir ses déploiements en Afrique ou de maintenir des navires de guerre en Méditerranée dépendra des protocoles opérationnels convenus, et pas uniquement de la volonté de Moscou.
Un changement dans l’équilibre
Pour la Russie, la Syrie n’est plus un allié confiable prêt à accorder des privilèges exceptionnels en échange de la survie du régime. Elle est désormais un partenaire de négociation qui dispose de ses propres alternatives.
Damas a progressivement avancé ses relations avec Washington, ce qui a mis fin au programme de sanctions contre la Syrie et a commencé le processus visant à retirer le pays de la liste américaine des États soutenant le terrorisme. La Syrie a également resserré ses liens avec Paris, comme l’a montré la visite d’Emmanuel Macron en juillet 2026, la première d’un chef d’État de l’Union européenne depuis la chute d’Assad.
Ce réseau de partenaires de plus en plus large donne à Damas une plus grande marge de manœuvre et réduit sa dépendance envers Moscou.
Pourquoi c’est important
L’accord sur Tartous et Hmeimim marque la fin du modèle mis en place sous le régime d’Assad et limite la capacité de la Russie à projeter sa puissance militaire en Méditerranée et en Afrique. Il met également en évidence un changement plus large : Damas peut désormais négocier avec Moscou, Washington, Paris et les puissances régionales, au lieu de dépendre d’un seul protecteur.
En d’autres termes, l’essentiel n’est pas seulement que la Russie ait réussi à rester, mais que la Syrie ait repris une partie du contrôle sur la manière dont Moscou peut utiliser son territoire pour projeter sa puissance.

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