Nigéria : la menace djihadiste et son expansion
- Antoine Quiquempoix

- il y a 21 heures
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Depuis début 2026, la situation sécuritaire au Nigéria s'est détériorée, sous l'effet d'une intensification des opérations menées par des groupes islamistes radicaux dans le nord du pays. Parmi les groupes les plus importants de la zone, L’État islamique dans la province du Sahel (EIPS) a revendiqué deux attaques contre l’armée nigériane en mai 2026. Par ailleurs, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), également connu sous le nom de Boko Haram, menace le pays, aux côtés d’autres groupes djihadistes nigérians locaux, souvent issus de scissions de ces groupes plus importants. Récemment, en janvier, le gouvernement nigérian a désigné un nouveau groupe… le groupe Lakurawa , en tant qu'organisation terroriste, opérant principalement dans la région du Nord-Est.
Liée à l'insécurité croissante et à la défaillance de l'État dans les pays du Sahel central (Niger, Burkina Faso et Mali), la Nigéria se trouve en première ligne de la lutte contre les groupes islamistes radicaux dans la région. À l'instar des autres pays de la Corne de l'Afrique, Abuja est confrontée à l'expansion et à la professionnalisation de ces groupes, qui menacent la stabilité régionale. Le pays a également constaté un regain d'intérêt de la part d'acteurs extérieurs, tels que… les États-Unis, qui ont renforcé leur diplomatie avec Abuja.
Évolution opérationnelle des groupes djihadistes :
Au cours de l'année écoulée, les groupes islamistes radicaux les plus importants — l'ISSP ou le JNIM — ont fait preuve d'une professionnalisation croissante. Leur utilisation d'armements plus lourds, associée à leur capacité à mener des opérations simultanées et à se coordonner avec d'autres groupes ou insurrections, a confirmé cette évolution. Par exemple, Le JNIM exerce des pressions sur le gouvernement malien en ciblant des carrefours stratégiques du pays, et en ayant recours de manière pragmatique aux rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad.
De plus, comme l'a récemment illustré le groupe Lakurawa, les groupes islamistes radicaux ont évolué selon une trajectoire hybride, combinant crime organisé et dynamique islamiste radicale. Cela leur a permis de tirer profit de l'instabilité de la région, de trouver refuge dans des zones frontalières poreuses et d'exploiter ces failles pour se financer. En effet, ces groupes s'appuient sur La contrebande, les enlèvements contre rançon ou par contrôle territorial — utilisant l'extorsion ou la taxation comme moyen d'imposer leur domination — renforcent l'instabilité dans le nord du pays.
Le Nigéria, un enjeu stratégique : djihadistes et puissances étrangères :
Comme indiqué précédemment, les groupes islamistes radicaux s'appuient sur divers mécanismes de financement. À l'instar du groupe Lakurawa , nombre d'entre eux ont adopté un modèle hybride, finançant leurs opérations par des activités criminelles tout en consolidant leur emprise territoriale par l'imposition de règles islamistes radicales et l'ancrage local de leurs structures. Face à l'instabilité du Sahel central, le Nigéria apparaît comme une cible privilégiée pour ces groupes, Abuja étant l'acteur économique le plus important de la région. De plus, ils tirent profit des faiblesses du pays, confronté à des difficultés de gouvernance dans ses territoires du nord.
Néanmoins, les groupes islamistes radicaux ne sont pas les seuls acteurs intéressés par le Nigéria. Au cours de l'année écoulée, les États-Unis ont renforcé leur diplomatie avec Abuja afin de regagner une position stratégique dans la région, notamment par l'envoi de matériel militaire et un Une coopération militaire plus étroite . De plus, le Nigéria figure parmi les pays africains les plus riches en ressources, notamment en pétrole et en gaz, secteurs dans lesquels les entreprises américaines sont des investisseurs majeurs. Par conséquent, l'intervention américaine pourrait être considérée comme logique, compte tenu de son intérêt à préserver un environnement stable pour ses investissements.
À l'instar des États-Unis, d'autres pays ont renforcé leur présence au Nigéria. La Turquie, par exemple, a approfondi son partenariat de défense avec Abuja, notamment grâce à un accord militaire signé en 2026 et portant sur la formation, la production d'équipements et une coopération de défense plus large. Le Bénin, voisin direct également exposé aux répercussions de l'insécurité du Sahel central, a lui aussi renforcé sa coopération bilatérale avec le Nigéria dans les domaines du commerce, de la gestion des frontières et de la sécurité.
Conclusion:
L'émergence de nouveaux acteurs non étatiques et la pression constante des groupes islamistes radicaux aux frontières du Nigéria semblent témoigner d'une menace croissante pour Abuja. Déjà fragilisée par l'instabilité au Sahel central, la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du Nigéria semble l'intégrer davantage au conflit sahélien plus vaste. Tandis que les États-Unis et la Turquie renforcent leurs partenariats avec Abuja, la véritable solution réside peut-être dans la relance des architectures de sécurité régionales, même si les dissensions diplomatiques entre la CEDEAO et l'Alliance des États du Sahel compliquent toute action coordonnée.

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